lundi 9 juillet 2012

Le TSCG ou le délire des idéologies perdues

Le changement de majorité n'a pas éradiqué, à notre grand désespoir, la pratique de la désinformation dans nos médias.
La preuve en était faite, magistrale, à l'occasion de cette Une de Libération marquant la fin du sommet européen de la semaine dernière : "Hollande 1 - Merkel 0".
Le Figaro aurait-il écrit pareille connerie à la grande époque de la Sarkozie ?
Il sera intéressant de revenir dans le détail sur le bilan réel du sommet à J+8, pour voir à quel point il est... modeste. Mais surtout la contre-partie du sommet consiste bien en l'engagement de F. Hollande à présenter le TSCG au Parlement français. Et à en obtenir la ratification, légitimité oblige.

Nous avons maintes fois parlé de ce Traité, de son contenu, de son inadéquation face à la crise et des oppositions massives qu'il soulevait. Mais aujourd'hui, le vote à l'assemblée du TSCG revient à demander à des députés d'accepter d'inscrire dans le marbre de la loi, des idéologies ayant complètement failli... avant de se résoudre à limiter leurs pouvoirs législatifs. On nage en plein délire !


Rapidement, le bilan du sommet.
Premièrement, Hollande aurait donc gagné grâce à l'ajout d'un volet croissance. De 120 milliards, soit moins de 1% du PIB de la zone euro, dont 60 avaient déjà été décidés. Inutile de dire que ce pacte est très modeste. Cette politique d'investissement ne contre-balancera pas les politiques d'austérité engagées. Sa modestie inquiète même experts de la BNP, de Natixis dans le lien ci-dessus, ou de la Société Générale dans celui-ci.
 
Deuxièmement, Espagnols et Italiens auraient obtenus des concessions sur leurs dettes calmant les marchés. Le MES aurait dorénavant la possibilité de racheter directement des obligations des banques en difficulté, et d'acheter des titres de dettes espagnols ou italiens sur les marchés primaire ou secondaire. Ces mécanismes n'alourdiraient pas la dette espagnole et italienne et feraient baisser leur taux. Le lundi, les taux baissaient effectivement et la presse saluait les décisions du sommet. Comme l'histoire était belle. Sauf que... le même jour, la Finlande et les Pays-Bas affirmaient qu'en fait elles s'opposeraient au rachat de dettes par le MES. C'est embêtant. Tout est remis en cause. En fin de semaine, taux espagnols et italiens repartaient de plus belle.
 
Troisièmement, un organisme de surveillance bancaire était mis en place. Superbe. Il était en fait déjà décidé depuis des mois. Le lien renvoie vers le blog de François Asselineau de l'UPR (droite souverainiste) dont vous remarquerez la précision des références.
Voilà le bilan des concessions arrachées à Merkel, réduites à peau de chagrin en quelques jours.


Et pourtant, ces concessions semblent suffisantes aux yeux de l'exécutif français pour signer le TSCG. Mais comment un député socialiste peut signer ce texte sans avaler des couleuvres idéologiques ?


Gilles RAVEAUD rappelle, il est utile de le rappeler, que la crise de la dette est la conséquence directe des politiques néolibérales. Il suffit de reprendre les chiffres de Gilles CARREZ (UMP) pour redire que les baisses d'impôts sont la cause de notre endettement actuel. Le néolibéralisme, dans sa volonté de "libérer les marchés et les forces productives" par les baisses d'impôts, a prouvé toute son inefficacité et surtout sa nocivité dans la répartition des richesses. Il nous faut donc contre-carrer ces anciennes politiques et changer de disque ?

A moitié, répond la Cour des Comptes. Didier Migaud et consorts pensent que la situation impose d'économiser 33 milliards d'euros et de le faire pour moitié en diminutions de dépenses et pour moitié en réductions d'impôts. Pas franchement une remise en cause du néolibéralisme, mais là n'est pas le pire dans le rapport de la cour des comptes. Nous allons employer un autre gros mot l'ordo-libéralisme : doctrine économique mettant la stabilité des prix au cœur de la politique monétaire par l'indépendance de la banque centrale, le financement des Etats sur les marchés financiers et l'exigence fondamentale d'équilibre des finances publiques.
La synthèse du rapport de la cour des comptes indique :
"Dans un contexte d’incertitudes sur le marché des dettes souveraines, la France doit asseoir sa crédibilité vis-à-vis de ses partenaires européens comme de ses créanciers. Le respect d’une trajectoire de retour à l’équilibre des finances publiques est le moyen d’y parvenir."
La Cour fait donc sienne la croyance de la rationalité des marchés pour juger de la solvabilité d'un Etat, et lui demander un taux d'intérêt "adéquat" sur sa dette. Pourtant, ses membres savent que l'Italie présente un solde primaire (avant le paiement de la dette) positif alors qu'elle continue d'emprunter à un taux insupportable de 6%.
Il n'y a pas de rationalité des marchés et rien ne sert de prévoir de telles économies, de planifier l'austérité dans l'organisation actuelle du financement de la dette : la France s'acquitte de près d'une cinquantaine de milliards d'euros d'intérêts par an et sur une dette à 1700 milliards, une hausse décimale des taux d'intérêts correspond à des milliers de traitement annuel de fonctionnaires.
 
La première réforme indiquée devrait en toute logique être la remise en cause de l'ordo-libéralisme. Mais non ! Donc le néolibéralisme, qu'à moitié, la rationalité des marchés, n'y pensez pas, et alors vient cette pépite :
"A cette progression s’ajoutent les dettes contractées pour financer les interventions destinées à soutenir les Etats en difficulté de la zone euro, à travers les garanties apportées par la France aux emprunts du fonds européen de stabilité financière (FESF) et la participation en capital au mécanisme européen de stabilité (MES). Celles-ci devraient contribuer à une augmentation de la dette d’un montant de 35,7 Md€ entre la fin 2011 et la fin 2012, soit 1,8 point de PIB"
  
Génial. Exceptionnel. Impossible de faire accepter à l'Allemagne l'emprunt par le MES directement à la BCE. Résultat, les Etats endettés vont s'endetter davantage sur les marchés financiers, pour qu'un organe européen non-démocratique puisse, en premier, intervenir directement auprès des Etats les plus endettés, puis aller s'endetter sur les marchés à son tour. Résultat, on marche sur la tête et cela nous coûtera 35.7 Mds.
Quel euphémisme utilisera la cour des Comptes quand, le TSCG signé, les engagements européens de la France l'obligeront à réduire de 5% en un an sa dette ? Il s'agira là de 80 Milliards !

Autre point, la Cour des Comptes reprend le chiffre des Economistes Atterrés : le seuil stabilisant de la dette est de 2.6% de déficit; un déficit faible peut permettre de soutenir l'investissement sans creuser celle-ci.
Le TSCG prévoit pourtant des seuils bien plus drastiques pour notre déficit. Le chiffre de 0.5% de déficit "structurel" est au cœur du Traité. La Commission Européenne, ayant de plus, choisi un mode de calcul sous-évaluant ce qui tient des mesures temporaires ou d'évènements (le conjoncturel), pour sur-estimer le structurel. Et forcer la main aux Etats à engager des réformes toutes autant "structurelles": "réformes des marchés du travail en agissant sur le coût du travail", "réduction des coûts salariaux indirects et de la pression fiscale" (Déclaration des chefs d'Etats et de gouvernement, Sommet européen, 30 janvier 2012). N'oublions pas cette belle politique de l'offre au rayon des idéologies perdues...
Cette démonstration, sur l'absurdité et le biais idéologique évident du déficit à 0.5%, est au cœur de l'ouvrage des Economistes Atterrés. Lecture d'été obligatoire pour toute personne soupçonnant que cette Europe ne tourne pas rond.
L'autre idée phare de ce livre est de prouver que ce Traité n'est qu'une redite de certains textes européens déjà adoptés (Two-Pack, Six-Pack...). Ce qui vient compléter le travail précis et rigoureux du blog ContreLaCour. Toutefois l'adoption du TSCG n'a rien d'inutile : elle permettrait de donner l'aval politique des parlements nationaux et d'entériner définitivement cet ensemble décousu et renégociable de textes, décrets et circulaires précédents.

En conclusion, ordo-libéralisme, néolibéralisme, politique de l'offre, rationalité des marchés... C'est autant de couleuvres idéologiques qu'il est demandé à nos députés d'avaler. Plus quelques aberrations; le seuil faussé de 0.5% de déficit structurel, le remboursement annuel de 5% de la dette. Mais ce n'est pas tout. Au cas où la France ne suivrait pas ses engagements, ne respecterait pas ces critères absurdes, les députés doivent voter le fait que des conditionnalités seront imposées à notre pays; en d'autres termes, de limiter leur pouvoir de décision !
  
Pourquoi voter une aberration économique et politique pareille !
  
Bref. Et si le parti socialiste ne votait pas là le cadre qui l'enverrait à la défaite dans 5 ans ?
Le journal Le Monde lui ne semble pas se poser la question ou prendre la mesure du problème. L'important, en effet, est de ne pas fâcher une gauche de gauche dépassée, qui pourrait s'avérer trop bruyante :
"Pas question, alors que l'aile gauche et "noniste" du PS s'est jusqu'ici tenue à carreau, de s'attarder sur les dossiers qui fâchent."
C'est sans doute cela le plus important...

2 commentaires:

  1. A l'heure où le gouvernement se noie dans une compassion surjouée devant les employés de Doux, PSA et compagnie, la ratification de TSCG passe au second plan de cette rentrée. Et pourtant, ce truc va conditionner l'ensemble de la politique économique et sociale en France.

    Mais hier et aujourd'hui, bizarrement (ou pas d'ailleurs), le camp du NON au TSCG se renforce...et c'est là que l'histoire devient rigolote.

    Acteur n°1 : Georges Soros, dans le financial times, qui critique la politique d'austérité et plaide la solidarité...Un riche investisseur dans le camp du NON, bizzarerie n° 1.

    Le lien : (http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20120910trib000718616/george-soros-a-l-allemagne-prenez-en-main-la-zone-euro-ou-quittez-la.html)

    Acteur n° 2 : Le juge constitutionnel allemand, tout aussi comique. Si la cour ne valide pas, ou plus probable, valide sous condition ce TSCG, le gros allemand austère se prendra une balle dans le pied, tirée de son propre camp!

    Le lien : http://www.lemonde.fr/international/article/2012/09/07/l-avenir-de-l-euro-livre-aux-juges-allemands_1757179_3210.html

    C'est quand même marrant de devoir compter sur un riche et un allemand pour réviser le TSCG...moi, ça me fais rire, jaune un peu, mais rire malgré tout.

    Mazcarad





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  2. Là où c'est moins drôle c'est que George Soros est partie prenante de l'assault spéculatif sur la Grèce qui l'a rendue complètement insolvable sur les marchés...
    Il a misé sur la solidarité européenne et sur son absence pour remporter le gros lot. Mais la finance a beaucoup à perdre d'une croissance faible et d'une remise en cause du fonctionnement des marchés obligataires.

    Sur PSA, le dernier Lordon ds le diplo d'aout,
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/08/LORDON/48034
    Compassion socialiste et impossibilité dogmatique à la remise en cause des structures

    Ms c'est pas le meilleur, il faut plutot ou absolument lire les défonçages en règle de Mauduit et Quatremer sur son blog, les lectures de l'été:

    Drôle, ultra-référencé, méchant envers un eurocrétin et un converti de la dernière heure... génial !
    http://blog.mondediplo.net/2012-08-24-Conspirationnisme-la-paille-et-la-poutre
    http://blog.mondediplo.net/2012-07-19-Corruptions-passees-corruptions-presentes

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